« Un Peuple qui s’ignore, s’égare et ne saurait se projeter dans l’avenir. »
L’année 2024 va, dans quelques mois, être derrière nous. Mais d’ici là, votre quotidien en ligne se fait le devoir, au-delà des articles d’actualité, de vous replonger dans le passé « récent » de notre beau pays la Guinée. Elle a farouchement lutté pour son accession à l’indépendance en 1958 sous la direction de Ahmed Sékou Touré et de ses valeureux compagnons de lutte. La Guinée a été la première colonie d’Afrique Occidentale française (A.O.F.) à obtenir sa souveraineté.
Un écrivain guinéen s’est entièrement intéressé à ce pan de l’histoire de son pays. Son nom, Me Alpha Oumar Sy Savané, Enseignant-chercheur, Essayiste, Internationaliste, Journaliste-chroniqueur et Expert en Communication, actuellement en service au Sénégal.
« Connait-toi, toi-même ! », c’est l’expression qu’il lance chaque fois dans ses causeries, notamment quand il a affaire avec la nouvelle génération. Voici donc la Troisième date de ce qu’il appelle « Dates glorieuses de la République de Guinée ».
LA Troisième DATE GLORIEUSE (1)
Le 2 octobre 1958 : La proclamation de l’Indépendance
« On a parlé d’Indépendance. Je dis ici plus haut encore qu’ailleurs que l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre. Elle peut la prendre le 28 septembre, en disant « Non » à la proposition qui lui est faite et, dans ce cas, je garantis que la Métropole n’y fera pas obstacle. Elle en tirera, bien sûr, des conséquences mais, d’obstacles, elle n’en fera pas, et votre territoire pourra, comme il le voudra, et dans les conditions qu’il voudra, suivre la route qu’il voudra. » (Charles de Gaulle, Conakry, le 25 août 1958)
Il y a donc lieu de préciser que la Guinée française a été indépendante le 28 septembre 1958, parce que, comme l’a si bien dit haut et fort le Général Charles de Gaulle, Chef du Gouvernement de la République française, le 25 août 1958, à Conakry, lors de sa campagne en faveur du « Oui ! »., et « ici plus haut encore qu’ailleurs … l’indépendance est à la disposition de la Guinée … Elle peut la prendre le 28 septembre, en disant « Non ! » à la proposition qui lui est faite … »
Par respect pour notre propre histoire écrite avec le sang de nos martyrs, souffrons de remettre la pendule à l’heure de la vérité historique pour éviter d’être en porte-à-faux avec notre histoire qui a fait de notre Guinée « la locomotive des indépendances africaines et de la lutte contre l’apartheid ». Il y a aussi lieu de souffrir d’accepter d’appeler notre pays par son nom de proclamation : « … Décide d’attribuer à ce nouvel État indépendant le nom de République de Guinée. » (Texte de la Proclamation de l’indépendance, le 2 octobre 1958) Mon pays n’a jamais été la Guinée-Conakry.
La Proclamation de l’Indépendance
« L’Assemblée Territoriale de la Guinée française, réunie en séance extraordinaire le 2 octobre 1958 ;
1° Prenant acte de la déclaration solennelle du général de Gaulle, Président du Conseil du Gouvernement de la République française devant le pays le 25 août 1958, déclaration dont la teneur suit : « Cette Communauté la France la propose ; personne n’est tenue d’y adhérer. On a parlé d’indépendance ; je dis ici plus encore qu’ailleurs, que l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre le 28 septembre en disant » non » à la proposition qui lui est faite, et dans ce cas, je garantis que la Métropole n’y fera pas obstacle. Elle en tirera bien sûr des conséquences, mais d’obstacle elle n’en fera pas, et votre territoire pourra comme il le voudra et dans les conditions qu’il voudra, suivre la route qu’il voudra » ».
2° Considérant que le préambule de la Constitution de la République française stipule : « Le Peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946. En vertu de ces principes et de la libre détermination des peuples, la République offre aux territoires d’Outre-mer qui manifestent la volonté d’y adhérer, des institutions nouvelles fondées sur l’idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité et conçues en vue de leur évolution démocratiques ».
3° Considérant que l’article premier de ladite Constitution dispose que : La République et les territoires d’Outre-mer qui, par un acte de libre détermination, adoptent la présente Constitution, instituent une communauté ».
4° Considérant qu’en conséquence, le vote négatif au Référendum du 28 septembre 1958 de la part d’un Territoire Outre-mer consacre l’Indépendance de ce Territoire vis-à-vis de la République française.
5° Considérant le résultat du Référendum du 28 septembre 1958 : 1.136.324 « non » contre 56.941 « oui ».
6° Constate que cette majorité de voix négatives place le Territoire de la Guinée hors de la République française en vertu d’une part, de la Constitution française, et, d’autre part, des déclarations du Président du Conseil du gouvernement de la République, le général Charles de Gaulle.
7° Proclame solennellement l’Indépendance Nationale de la Guinée et l’érection de l’Assemblée territoriale présente en Assemblée Nationale Constituante Souveraine dont les membres prennent le titre de Députés.
8° Décide d’attribuer à ce nouvel État indépendant le nom de République de Guinée.
9° Proclame l’adhésion de la République de Guinée aux principes inscrits dans la Charte des Nations Unies (O.N. U.).
10° Invite le Gouvernement de la République de Guinée à prendre toutes dispositions pour accréditer la République de Guinée auprès des autres Nations et de l’Organisation des Nations Unies.
11° Donne les pleins pouvoirs au Gouvernement de la République de Guinée pour administrer et gérer les intérêts nationaux, prendre toutes mesures utiles, engager et conclure toutes négociations dans l’intérêt de la Nation.
POUR UNE AFRIQUE UNIE ET INDÉPENDANTE, VIVE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE !
Le Président de l’Assemblée Nationale Constituante DIALLO Saïfoulaye ».
- La signification du 2 octobre
Le 28 septembre 1958, la Guinée vote effectivement « Non » à une écrasante majorité (95,22%). Suite à ce « Non ! » courageux, historique et légendaire du Peuple de Guinée à la Communauté franco-africaine, la République de Guinée est proclamée le 2 octobre 1958 sur la base des valeurs cardinales que sont l’hymne national (Liberté), le drapeau (Rouge, jaune et vert : bandes rectangulaires équivalentes) et la devise (Travail-Justice-Solidarité).
La République de Guinée est devenue ainsi le dixième pays indépendant d’Afrique. La proclamation de l’indépendance est la conséquence directe du vote du 28 septembre. C’est pourquoi la Guinée a été la seule colonie française d’Afrique à accéder à l’indépendance après ledit vote, à être « … sous les projecteurs de l’actualité nationale et internationale ».
La Guinée a voté « Non ! » par respect pour elle-même et pour l’Afrique tout entière. Le vote est le fruit de la prise de conscience des populations à la base quant à l’importance de l’indépendance et de la liberté. Cette prise de conscience est l’œuvre du Parti démocratique de Guinée (P.D.G.), section du Rassemblement démocratique africain (R.D.A.), à travers l’éducation politique qu’il a donnée aux masses laborieuses guinéennes.
Il faut rappeler que la création du Rassemblement démocratique africain (R.D.A.), en 1946 à Bamako, a obéi au besoin d’indépendance de toutes les populations des colonies africaines de l’Empire français. C’est dire que quasiment, tous les leaders politiques de l’époque, toute l’élite africaine et surtout toutes les populations à la base qui portaient le joug de la colonisation, étaient pour l’indépendance des colonies.
- Les tentatives d’intimidation pour empêcher les colonies d’aller à l’indépendance
Le projet de Communauté franco-africaine a déclenché une lutte sans merci entre les dirigeants de l’Empire français et les leaders africains décidés à mener leurs pays à l’indépendance. Cette lutte avait des pratiques les plus perfides du côté français : corruption, intimidation, répression, mutation, licenciement, assassinat, harcèlement, etc. Du côté des leaders africains, les maigres moyens étaient leurs verbes et leurs liens séculaires de parentés avec les populations à la base qui faisaient que tous les opprimés étaient de la même famille.
Pour connaître les raisons profondes du vote massif des populations des colonies pour le « Oui », il faut remonter le temps pour reconnaître que l’Empire a pesé de tout son poids sur les épaules des leaders africains pour les ramener à la « raison française » et cela par les moyens cités plus haut. La campagne du général Charles de Gaulle a parachevé l’œuvre d’intimidation et de corruption de l’Empire.
Ainsi de Brazzaville à Dakar, en passant par Fort Lamy, Antananarivo, Abidjan et Conakry, les contestataires de la colonisation ont « compris la raison du plus fort » à l’exception de l’intraitable Sékou Touré et de ses valeureux compatriotes. Les tentatives d’intimidation et de corruption des dirigeants guinéens n’ont pas manqué pour les dissuader d’aller au vote négatif, donc à l’indépendance. Deux exemples confirment ces tentatives.
Le premier exemple : Nous avons signaler plus haut, dans la deuxième date glorieuse (le 28 septembre), l’intervention de Sékou Touré à la réunion de concertation du Groupe des leaders africains organisée à Dakar, le 26 août 1958. Cette réunion avait pour objectif essentiel de faire pression sur le Secrétaire général du Parti démocratique de Guinée (P.D.G.), Sékou Touré, pour ne pas voter « Non ! ».
Dans l’ignorance complète des tenants et des aboutissants de cette réunion, à chaque anniversaire du 25 août 1958, par ignorance des faits historiques, la quasi-totalité des détracteurs de la lutte de libération de la Guinée qui se donne de la voix pour narrer l’histoire du pays se plait de dire sur maintes radios privées de Conakry que : « Sékou Touré est parti à Dakar demander pardon à Charles de Gaulle pour ses propos du 25 août 1958 dans son allocution historique du refus de la Communauté ». Heureusement que l’histoire est têtue. Elle revient toujours au galop avec la réalité des faits mentionnés par ceux qui ne sont à aucune solde pour réécrire l’histoire, pour réinventer la roue.
Le deuxième exemple : Sous la pression des autorités françaises qui ne souhaitaient pas voir la Guinée donner le « mauvais exemple aux autres », une délégation africaine est formée par les leaders réunis à Dakar pour se rendre à Conakry en vue de persuader Sékou Touré de renoncer à la décision de faire campagne pour le « Non ! ». Ce dernier persiste et signe : « … Ce qui est décidé est déjà décidé. »
- Les raisons de la proclamation de l’indépendance
En résumé, la Guinée a proclamé son indépendance de la France le 2 octobre 1958, avant toutes les autres colonies françaises d’Afrique, pour les raisons suivantes :
- les populations guinéennes avaient massivement voté « Non ! » au référendum du 28 septembre 1958, donc avaient rejeté la Communauté franco-africaine après l’avoir refusé le 25 août 1958 ;
- la fidélité des leaders guinéens à leur engagement de mener la colonie à l’indépendance : « Conformément à l’engagement pris d’un commun accord avec tous les pays sous colonisation française en Afrique, la Guinée a déjà décidé de voter « Non ! » qu’il maintiendrait sa décision et sa promesse … » (Cheikh Tidiane DIOP, La Dépêche n° 09, novembre 2008) ;
- l’échec de toutes les tentatives d’intimidation et de corruption des leaders guinéens : « Pour dissuader de voter « Non ! », Sékou Touré a subi des pressions colossales. On lui a promis de l’argent. On a tout fait et il a refusé. » (M. Jean-Marie Doré) ;
- à la faveur de la loi Gaston Defferre de 1956, un arrêté du 31 décembre 1957 pris par le Conseil de gouvernement met officiellement fin à l’existence de la chefferie traditionnelle en Guinée française. La chefferie traditionnelle est reconnue comme alliée objective et affidée du pouvoir colonial. Les chefs traditionnels sont remplacés par des Comités de village qui relayaient les mots d’ordre, les messages et les programmes du parti.
La suppression de la chefferie n’a pas été une décision arbitraire de Sékou Touré : « L’Assemblée nationale française était elle-même saisie depuis plusieurs années de propositions de lois sur la chefferie. Mais les décrets d’application de la Loi-cadre Defferre attribuaient aux Conseils de gouvernement la compétence exclusive en matière de détermination du statut de la chefferie (et donc de son éventuelle suppression). » (André Lewin, 2009)
- Les conséquences de l’indépendance de la Guinée
Les conséquences de l’indépendance de la République de Guinée sont à évaluer sur tous les plans : positif et négatif.
« L’indépendance de la Guinée a provoqué et accéléré l’accession d’autres pays africains à l’indépendance, faisant ainsi de la Guinée un point d’appui essentiel pour toutes les luttes de libération nationale en Afrique. » (Général Lansana Conté, Message de nouvel an 2000). Cette première conséquence positive pour la Guinée l’est aussi pour l’Afrique. Elle explique l’engagement de la République de Guinée dans tous les combats contre le colonialisme en Afrique et dans les opérations de maintien de la paix sur le continent.
Tous les mouvements de lutte de libération sur le continent et la lutte contre l’apartheid ont trouvé en la jeune République de Guinée un allié des plus surs et des plus efficaces sur les plans militaire et diplomatique. La République de Guinée a été le seul pays africain à allouer dix pourcent (10%) de son budget national annuel, et ce, pendant plus de vingt ans, aux mouvements de lutte de libération nationale en Afrique (Loi L/102/63 du 15/06/1963). Ceci confirme bien le titre du quatrième livre de l’auteur : La Guinée, locomotive des indépendances africaines.
D’autres conséquences positives pour la Guinée sont :
- la fin de l’ère coloniale avec son cortège de misère, d’humiliation et de frustration, d’exploitation et d’oppression.
- un exemple vivant et immensément riche de la capacité de mobilisation d’un peuple à une cause et à un idéal.
- la Guinée, jusque-là méconnue, fait une apparition éclatante sur la scène internationale. Elle se met « sous les projecteurs de l’actualité nationale et internationale » malgré la ferme détermination du Président du Conseil de gouvernement français, général Charles de Gaulle, de l’isoler pour que son exemple ne fasse pas tâche d’huile.
- une population conscientisée, mobilisée et prête à jouer son rôle dans tous les domaines bénéficiant d’un capital de prestige international immense.
- la solidarité active et agissante de cadres nationalistes africains, français et antillais et des pays socialistes grâce aux efforts de Diawadou Barry, alors ministre de l’Éducation nationale et de Hamat BA, président de la Fédération des Étudiants d’Afrique noire en France (FEANF).
Parmi les premiers venus l’on peut citer Xavier Ramade, Claude Brioulet (institutrice), Clair (décor de théâtre), Federica Guisti (Beaux-arts), Jean Cellier (professeur de musique), Rolande Cellier (Chef d’établissement), Fanny Lalande-Isnard (bibliothécaire), Maurice Gastaud (syndicaliste) et Anne Blanchard (journaliste).
En 1959, une trentaine d’instituteurs togolais arrivent pour servir à l’intérieur du pays. L’auteur a été enseigné par deux d’entre eux au primaire et au collège à Dabola (MM. Damien et Philippes). Entre 1959 et 1960, des Français sont arrivés en Guinée pour épauler la jeune République dans le domaine de l’Éducation. Ce sont entre autres, Jean Suret-Canale (géographe), Georgette Suret-Canale (journaliste), Christiane Grange (professeur), Daniel Blanchard (professeur), Maurice Pianzola (professeur), Gérard Cauche (économiste), Maurice Houis (linguiste), Pierre-Charles Aguesse (scientifique), Edouard Helman (écrivain).
- la Guinée devient le refuse des nationalistes africains ayant bien œuvré pour le « Non ! » et qui ont été traqués dans leurs pays. Les Sénégalais Majhmout Diop et Séni Nyang (PAI), le Camerounais Félix Moumié (leader UPC), le Nigérien Bakary Djibo. D’autres africains qui n’étaient pas concernés par le « Non ! « exerçaient des activités politiques : le Marocain Mehdi Ben Barka et le Bissau-guinéen Amilcar Cabral.
- la cascade d’indépendance des colonies françaises d’Afrique est une autre conséquence du 2 octobre 1958. Elle prouve à merveille que l’indépendance de la Guinée française « a fait tache d’huile » à moins de deux ans de la date de celle-ci. La Guinée s’impose comme locomotive des indépendances africaines.
William TUBMAN, président du Liberia de 1941 à 1971, lors de la cérémonie commémorative du 1er anniversaire de la proclamation de l’indépendance de la République de Guinée, le 2 octobre 1959, à Monrovia, déclarait : « En douze mois d’indépendance, le Président Sékou Touré a développé l’économie de son pays, établit le programme d’une plus large diffusion de l’enseignement et de la formation technique et assuré aux femmes de Guinée l’égalité avec les hommes dans la vie publique. Ces réalisations dénotent une hauteur de vues et des qualités d’hommes d’État dont je le félicite. »
Pourquoi pas nous autres ? C’est très surement ce que se sont dits les autres leaders africains. Après tout, c’est bien la Guinée qui est à l’Onu investie de tous les droits d’État membre et c’est bien elle qui traite d’égal à égal avec la France.
Les dates d’indépendance et d’admission à l’Onu
des colonies de l’A.E.F. et de l’A.O.F.
Or. | Pays | Indépendance | Onu |
1 | Guinée | 28/09/1958 | 12/12/1958 |
2 | Sénégal | 04/04/1960 | 28/09/1960 |
3 | Togo | 27/04/1960 | 20/09/1960 |
4 | Cameroun | 02/05/1960 | 20/09/1960 |
5 | Madagascar | 20/06/1960 | 20/09/1960 |
6 | Benin | 01/08/1960 | 20/09/1960 |
7 | Niger | 03/08/1960 | 20/09/1960 |
8 | Burkina Faso | 04/08/1960 | 20/09/1960 |
9 | Cote d’Ivoire | 07/08/1960 | 20/09/1960 |
10 | Tchad | 11/08/1960 | 20/09/1960 |
11 | Centrafrique | 13/08/1960 | 20/09/1960 |
12 | Congo Brazza | 15/08/1960 | 20/09/1960 |
13 | Gabon | 17/08/1960 | 20/09/1960 |
14 | Mali | 22/09/1960 | 28/09/1960 |
15 | Mauritanie | 28/11/1960 | 27/10/1961 |
Ce tableau montre à bon escient que la voie balisée par la Guinée a été bien suivie. Moins de deux ans après son indépendance, treize colonies françaises ont accédé à l’indépendance et deux ans après, la dernière colonie française de l’Afrique occidentale est venue fermée la marche. Ce qu’on peut qualifier de cascade d’indépendances a prouvé la brèche ouverte par la Guinée dans l’Empire français.
« La Guinée, locomotive des indépendances africaines »
« Un Peuple qui s’ignore, s’égare et ne saurait se projeter dans l’avenir. »
Troisième DATE GLORIEUSE (2)
Les conséquences négatives de l’indépendance nationale pour l’État de Guinée
Dans les jours qui ont suivi, la France a accepté le fait accompli, mais n’a pas procédé immédiatement à la reconnaissance. Plus de financement de projets, plus d’aide budgétaire. On brûle des dossiers, on emballe des archives, on rapatrie militaires et fonctionnaires, dont certains en partant ont commis des dégradations. Telles sont les conséquences négatives. « … La France a mis un étau, un cordon autour de la Guinée pour que l’exemple guinéen échoue, afin de bien tenir les autres pays à l’écart, loin de la Guinée … »
Le Haut-commissaire de la République en Afrique occidentale française de 1958 à 1959, Pierre Messmer, notait en 1992 : « J’étais et je suis encore certain qu’il était nécessaire en 1958 de traiter la Guinée sévèrement. Seule parmi tous les territoires français à avoir voté « Non ! », elle se trouve sous les projecteurs de l’actualité nationale et internationale. Son cas est devenu exemplaire… Le meilleur moyen est d’interrompre immédiatement toute aide et toute coopération… » Le traitement sévère réservé à la jeune République a commencé par le retrait de l’administration coloniale et des fonctionnaires des services fédéraux. La France ne voulant pas d’une Guinée « sous les projecteurs de l’actualité nationale et internationale » a considéré celle-ci comme une colonie sécessionniste. Par la suite, tous les « vivres » lui seront coupés afin de la mettre à genoux.
Les conséquences négatives sur le plan des relations économiques internationales sont surtout relatives à la Coopération C.E.E.-Guinée.
Une conséquence, sur laquelle il est nécessaire d’insister davantage, est l’exclusion de la Guinée de la Convention d’application signée le 25 mars 1957 entre les Pays et Territoires d’Outre-mer et la Communauté économique européenne (C.E.E.) et des Conventions d’association (Yaoundé I et II) signées respectivement les 20 juillet 1963 et 29 juillet 1969 entre les États africains et malgache associés (E.A.M.A.) et la C.E.E.
Il faut signaler, à l’origine de la Communauté économique européenne, une volonté de gestion des ressources françaises et allemandes de charbon et d’acier, qui étaient les nerfs de toutes les guerres entre les deux pays, dans une communauté ouverte aux pays européens. Le 25 mars 1957 fut signé le Traité dit « Traité de Rome » instituant la C.E.E. avec à bord 6 pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas). Aujourd’hui, elle compte 27 pays après le retrait du Royaume-Uni en 2016. Ce traité a tenu compte des liens unissant plusieurs signataires, plus particulièrement la France, à leurs colonies.
C’est dans les perspectives de la Communauté franco-africaine que la France a obtenu de ces partenaires très réticents qu’un pont soit jeté entre l’Europe et les Pays et Territoires d’Outre-mer, c’est-à-dire les colonies (une vingtaine). La Convention d’application est matérialisée par la Quatrième Partie du Traité de Rome dans ses articles 131 à 136.
La Quatrième Partie du Traité de Rome, dans son article 131, dispose : « Les États membres conviennent d’associer à la Communauté les Pays et Territoires non européens entretenant avec la Belgique, le Danemark, la France, l’Italie et les Pays-Bas, des relations particulières… Le but de l’Association est la promotion du développement économique et social des Pays et Territoires et l’établissement de relations économiques étroites entre eux et la Communauté dans son ensemble… L’Association doit en premier lieu permettre de favoriser les intérêts des habitants de ces pays et territoires et leur prospérité, de manière à les conduire au développement économique, social et culturel qu’ils attendent. »
C’est donc une gestion collective des colonies qui venait de commencer. Pour ce faire, l’Europe a institué par l’article 1er de la Quatrième Partie le Fonds européen de développement (Fed), instrument principal de la coopération financière et technique que la C.E.E. mène avec les Pays et Territoires et ensuite avec les pays en développement. Le même article fixe les modalités de participation des États-membres de la Communauté aux mesures propres à promouvoir le développement social et économique des Pays et Territoires : « … Par un effort complémentaire de celui accompli par les autorités responsables de ces pays et territoires. »
L’exclusion de la Guinée de la Convention d’application de 1957 est due au fait que l’Association C.E.E.-Pays et Territoires est d’obédience française. La Guinée a divorcé d’avec la France dans des conditions courageuses considérées comme outrageantes par celle-ci. Et nous avons dit plus haut que le gouvernement français, pour laver l’affront de la Guinée, avait décidé de couper tout à celle-ci afin de la mettre à genoux. Pour ce faire, non seulement la Guinée a été exclue de la Convention d’application de 1957, elle a aussi été empêchée de prendre part aux Conventions d’association de Yaoundé I et II. Cet état de fait a privé notre pays d’importantes ressources qui ont justement permis la réalisation d’infrastructures de base dans les autres pays associés pour plus de 2 milliards 350 millions d’écus entre 1963 et 1975.
Les ressources allouées aux 1er, 2ème et 3ème Fed ont contourné la Guinée. Pourtant, certains pays du Marché commun, notamment les Pays–Bas, se sont toujours opposés à toute forme de discrimination vis-à-vis des pays en développement quant à leur association avec l’Europe communautaire. Et mieux, suite à la déclaration du gouvernement français publiée le 29 septembre 1958, Sékou Touré répondait : « La Guinée ne peut plus rompre avec la France qu’avec ses partenaires. Nous voulons demeurer dans l’orbite française, donc occidentale dans tous les domaines ». Mais la Guinée apprendra à ses dépens que : « Si l’infidélité politique est répréhensible, la révolte contre le système économique global est impardonnable. La première peut provoquer des sanctions. La réponse à la seconde ce sont des représailles sans merci : cessation de l’aide d’abord et dislocation économique par l’exclusion des récalcitrants du système lui-même. » (P.-F. Gonidec, Relations internationales, 1977)
Malgré les tentatives de relance de la coopération initiées par le gouvernement guinéen, il ne réussira pas à mettre la France en minorité au sein de la Communauté. Le 22 novembre 1962 : « … On apprend que le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne a informé les autres membres du Marché commun qu’il refuserait de ratifier l’association de l’Europe des six avec les pays africains qui reconnaitraient l’Allemagne de l’Est. » (Dorsh H. et Legros H. Les faits et décisions de la C.É.E. 1958-1964, Tome 1, Bruxelles, 1968)
Cette dernière partie relative aux conséquences négatives de l’indépendance et de sa proclamation les 28 septembre et 2 octobre 1958 permettra de comprendre que, malgré le rapprochement de la Guinée du monde occidental à partir de 1974, notamment de la Communauté économique européenne, elle a été lésée dans les Conventions de Lomé I, II et III. C’est dire que les chances étaient minimes pour le pays de s’en sortir tant les contraintes qui pesaient sur lui dépassaient de loin celles imposées aux autres pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (A.C.P.). Il est déjà signalé qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que la Guinée continue de bénéficier du financement du 1er Fed, par le simple fait qu’elle a divorcé avec la France. Juridiquement, rien n’empêchait à la Guinée de profiter de ces fonds, dans la mesure où la Quatrième Partie du Traité de Rome liait la Guinée à la Communauté économique européenne (C.E.E.) et non à la France seule.
En résumé la situation de la Guinée par rapport à la Communauté économique européenne a été comme indiquée ci-après.
– Les conventions d’application et d’association
Le premier fonds européen de développement (1er Fed), support de la Convention d’application, dotait la coopération C.E.E.-Pays et Territoires de 580 millions d’écus. L’essentiel du fond (plus des deux tiers) était consacré à l’équipement de base des colonies. Le début de la mise en œuvre de ce programme correspondait à la Révolution guinéenne. La Guinée ne pouvait donc pas en bénéficier. Ce qui revient à dire que de 1957 à 1963, la Guinée n’a bénéficié d’aucun apport financier et technique de la part de l’Occident européen.
La première convention de Yaoundé (Convention de Yaoundé I) dotait le 2ème Fed de 800 millions d’écus. La priorité était toujours accordée aux infrastructures de base pour les États nouvellement indépendants. La France et la R.F.A. ne voulaient toujours pas de la Guinée au sein de l’organisation communautaire. Les raisons de la France étaient connues des Guinéens et de la communauté internationale. Celles de la R.F.A. viennent de la reconnaissance de la République démocratique allemande (D.D.R) par le gouvernement guinéen. Cette convention avait alloué un montant à la « promotion de la production et à la diversification des cultures commerciales » dans les E.A.M.A.
La deuxième convention de Yaoundé (Convention de Yaoundé II) dotait le 3ème Fed d’un milliard d’écus dont 72% était consacré toujours aux infrastructures de base dans les pays africains et malgache associés. Toujours rien pour la Guinée de la part de la France et/ou de la C.E.E. Ce Fed s’est intéressé « davantage aux productions vivrières au niveau des populations locales » dans les E.A.MA.
L’on comprend en conclusion que la Guinée ne pouvait compter que sur ses propres efforts et sur ceux de ses partenaires socialistes qui connaissaient mal le pays. La haine de la France pour les gifles de Sékou Touré à Charles de Gaulle, la reconnaissance massive de la D.D.R. par les États indépendants d’Afrique suite à celle de la Guinée et le soutien du gouvernement guinéen aux mouvements de lutte de libération nationale dans les colonies portugaises ont constitué les prodromes de l’agression du 22 novembre 1970.
– Les conventions de Lomé
A partir de 1974, les réconciliations guinéo-allemande et guinéo-française sont négociées sous l’égide des Nations unies à la suite du voyage, en mars 1974, en Guinée, du Secrétaire général de l’Onu, Kurt WALDHEIM. Les normalisations se sont opérées avec Bonn, le 22 juillet 1974 et avec Paris, le 14 juillet 1975. Ce rapprochement a permis à la Guinée d’établir des relations avec la C.E.E. dans le cadre de la première Convention de Lomé (Lomé I) signée le 28 février 1975.
Il s’agira d’analyser trois aspects liés aux trois premières Conventions de Lomé financées par les 4ème, 5ème et 6ème Fed. En effet, le choix des secteurs d’intervention, le rapport entre le montant des subventions et celui des prêts et capitaux à risques, et la liaison de l’aide surtout pour le Stabex n’ont pas milité en faveur de la Guinée pendant plusieurs années de coopération avec la C.E.E. Les 4ème et 5ème Fed accordèrent au secteur du développement industriel le montant de 76 745 913 écus dont 63 106 913 écus, soit 83,23%, furent affectés à deux usines. Pourquoi cette facilité de financement pour rien que deux usines dans un pays où tout est à faire ? Il se trouvait que ces usines devraient être rénovées et reprises par des entreprises des pays membres de la Communauté : Unicot (Groupe textile grec) pour l’Usine textile de Sanoyah et Chovet engineering chargée de la remise en route de Soguiplast.
Dans la mesure où plus de 50% des interventions de Lomé I et II ne furent accordées qu’à l’usine textile de Sanoyah et qu’à l’usine plastique, et vu les résultats auxquels l’on a abouti, la Coopération dans le domaine industriel « a été une catastrophe » a dit M. Gérard Hill, ancien responsable du dossier Guinée à la D.G. VIII.
Un autre aspect des protocoles financiers retient l’attention. Il s’agit du rapport entre le montant des subventions et celui des prêts et capitaux à risques. L’aide assortie de conditions de remboursement était très importante dans la coopération C.E.E.-Guinée : 43,98% pour la Convention de Lomé I et 34,73% pour Lomé II et Lomé III confondus. Les moyennes pour les États A.C.P. étaient de 0% (1er Fed), 6,8% (2ème Fed), 10% (3ème Fed), 17% (4ème Fed), 14% (5ème Fed), 14% (6ème Fed), etc.
Enfin, au titre des transferts Stabex (Système de stabilisation des recettes d’exportation de produits de base) institué depuis Lomé I, la Guinée était fortement lésée. De 1975-1988, les montants nets reçus au titre de ces transferts étaient de 333 414 998 écus pour la Côte d’Ivoire, 214 191 139 écus pour le Sénégal, 146 686 915 écus pour le Cameroun et 18 328 403 écus pour la Sierra Léone, mais absolument rien pour la Guinée.
C’est bien utile de comprendre que même avec l’Europe, la Guinée était étranglée. Dieu merci que nos dirigeants d’alors aient pu nous léguer une Guinée en paix et toujours indépendante avec des ressources naturelles non spoliées et non bradées.
La vengeance métropolitaine
Malgré les avantages cités plus haut, la Guinée a patiné. Beaucoup accuse la manière dans notre séparation d’avec la Métropole, dans les conditions de révolte, et l’intransigeance de Sékou Touré vis-à-vis de la France et de tout l’Occident. Dans ce « beaucoup » il y a surtout les intellectuels « qui ont confondu leur haine personnelle contre Sékou Touré et la réalité historique ». C’est vrai que la Guinée a été la 2ème colonie au XXème siècle à se séparer brusquement avec sa métropole, après l’Indonésie qui s’est séparée dans les mêmes conditions avec les Pays-Bas.
La manière, Oui ! Même si la Guinée avait retardé la proclamation de son indépendance pour la faire au même moment que les autres territoires de l’Afrique occidentale française (AOF), la France n’allait jamais tolérer « l’affront« , « la malveillance » et la « sécession » dus au vote négatif du 28 septembre 1958.
Les quelques correspondances de 1958 du gouvernement guinéen au gouvernement français prouvent, s’il en était encore besoin, que l’affirmation de ce « beaucoup » qui accuse est sans fondement et contraire à la vérité historique. Elles montrent bien qu’affirmer n’est pas prouver.
Le 29 septembre 1958 : Déclaration du Gouvernement français pour marquer la rupture de la Guinée avec la France (mentionnée aux pages 40-41).
Réponse de Sékou Touré : « La Guinée ne peut rompre avec la France qu’avec ses partenaires. Nous voulons demeurer dans l’orbite française, donc occidentale dans tous les domaines. »
Pour résumer, il y a lieu de citer Gaston Boyer, ancien de l’ENFOM, suppléant du gouverneur Risterucci et ancien ambassadeur de la France, rapporté par André Lewin, dans son livre Ahmed Sékou Touré, Tome 2, page 189 : « En effet, depuis le 2 octobre – date de la création de la République de Guinée – Sékou Touré n’avait cessé de demander avec persévérance la reconnaissance officielle de son pays par la France, l’établissement de relations diplomatiques et le maintien de la Guinée dans « la zone franc ». Mais ses messages étaient restés sans réponse ou n’avaient obtenu que de simples – et humiliants – accusés de réception ».
Cette citation est d’autant plus importante que Gaston Boyer était un fervent opposant à l’indépendance guinéenne : « Je désapprouvais profondément les méthodes du PDG-RDA pour s’assurer du pouvoir et j’en avais contrarié les excès de mon mieux au cours des deux années pendant lesquelles je venais de commander le cercle de Gaoual ».
Il est intéressant de relater pour l’éclosion de la vérité historique, les démarches de S.E. feu Naby Youla, ancien ambassadeur de Guinée en France, qui n’était pas pour autant du même bord politique que Sékou Touré parce qu’ayant voté « Oui » au référendum du 28 septembre, pour transmettre au général Charles Gaulle le message de Sékou Touré daté du 29 octobre 1958.
« Après une discussion au cours de laquelle il me précise ce qu’il attend de moi, il me remet un nouveau message pour le général (c’est celui qui est daté du 29 octobre) et me demande instamment de le remettre en mains propres au général. Il souhaite que je parte le soir même. Je reprends donc l’avion pour la France le même soir.
Pendant près de huit jours, j’ai tenté de faire jouer mes relations pour obtenir une audience du général. … C’est Houphouët-Boigny, en particulier, qui m’a orienté vers Jacques Foccart, que je suis allé voir sans tarder. J’ai parlé à Foccart, je lui ai dit que j’avais un message personnel pour le général de la part de Sékou Touré. Il m’a dit qu’il me rappellerait. Il m’a rappelé un lundi et m’a demandé de venir le voir ; là, il m’a annoncé que l’entrevue aurait lieu le lendemain mardi à 11 heures.
Je me suis rendu à l’Hôtel Matignon, rue Varenne, siège du Chef du gouvernement. Foccart m’a reçu tout d’abord et m’a prévenu que l’entretien ne durerait que cinq minutes. … A 11 heures précises, la porte s’est largement ouverte et le général est apparu, et m’a fait entrer dans son bureau. Il m’a fait poliment mais froidement assoir, a pris la lettre, en a pris connaissance, et a écouté sans [sans rien dire] les quelques phrases que j’avais préparées.
Le général n’a pratiquement rien répondu, et au bout de cinq minutes, il s’est levé pour me signifier que l’entrevue était terminée. Il a fait le tour de son bureau pour s’approcher de moi et m’a tendu la main. Bien entendu, je l’ai prise, mais je lui dis : ‘’Mon général, nous ne pouvons pas nous quitter comme cela et en rester là. Je suis Guinéen, et comme beaucoup d’Africains, c’est à la France que je dois d’être devenu ce que je suis aujourd’hui ; je m’exprime bien mieux en français que je ne puis le faire dans ma langue natale.
Quelle que soit la direction prise par la Guinée, rien ne pourra changer cette donnée essentielle qui nous rattache à la France bien plus que tout autre lien constitutionnel ou politique. Votre pays et le mien sont liés depuis soixante ans, et un tel passé ne peut pas disparaître en quelques jours. Le problème qui nous préoccupe dépasse de loin nos personnes et concerne nos peuples, le peuple français et le peuple guinéen. Laissez-moi vous en dire un peu plus à ce propos.
Surpris mais intéressé, le général m’a alors fait installer dans un fauteuil placé dans un coin de son bureau, s’est assis en face de moi, et m’a écouté. Il m’a vraiment écouté avec une grande attention, et ceci pendant près de trois quarts d’heure, il n’a pas dit grand-chose de son coté, et ne m’a interrompu. …
Je crois qu’il a apprécié à sa juste valeur ce dont j’avais cherché à lui faire prendre conscience. En tout cas, il m’a dit qu’il saluait Sékou Touré, mais que c’est à la Guinée qu’il souhaitait bonne chance ».
Quoi qu’il en soit, une page de l’histoire de la Guinée était tournée, et avec elle celle de l’Afrique tout entière.
Les caractéristiques de la République de Guinée
Votée par l’Assemblée Nationale le 10 novembre 1958, la loi constitutionnelle de la Ière République de Guinée a été promulguée par ordonnance le 12 novembre. Cette constitution a été inspirée de la dynamique révolutionnaire et des principes essentiels qui ont défini durant 12 années de durs combats anti-colonialistes du Parti Démocratique de Guinée, la Section de Guinée du Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A.). La Guinée est une République démocratique, laïque et sociale où tout doit servir à libérer l’homme et à sauvegarder sa dignité.
Les couleurs du drapeau ont les significations suivantes : Le rouge symbolise la détermination du peuple d’accepter tous les sacrifices, voire celui du sang, pour que demeure éternelle l’indépendance nationale et que se réalisent le plus tôt l’unité et l’indépendance de l’Afrique. Le jaune est la couleur du soleil d’Afrique, d’une Afrique jalouse de son indépendance. Il symbolise l’action courageuse du peuple de Guinée tout entier. Le vert est la couleur de l’espérance et de la végétation africaine en même temps qu’un signe de prospérité. Il exprime la ferme confiance de la Guinée en ses choix et en ses actions historiques qui resteront inébranlables.
La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce en toute matière par des députés à l’Assemblée Nationale, élus au suffrage universel égal, direct et secret, ou par la voie du référendum.
Me Alpha Oumar SY SAVANÉ
Professeur de géographie, Géographe internationaliste, Spécialiste en géostratégie, Essayiste et communicateur.